Tous Frères propose de cheminer avec le verbe « accueillir ». Comment faire l’expérience de la fraternité à travers l’accueil ? L’hospitalité est une vertu dans l’islam, mais que nourrit-elle ? Est-ce uniquement par engagement religieux ? Accueillir ouvre-t-il des perspectives comme le salut ?

Islam : accueillir autrui comme un membre de sa famille est très important

Il y a une injonction prophétique principale, un hadith, qui dit : « celui qui croit en Dieu et au jour dernier doit être hospitalier avec son visiteur. »

Accueillir, faire preuve d’hospitalité, ne sont pas des droits privés pour le musulman et encore moins un acte de courtoisie, c’est bien une obligation liée à sa foi, et ne pas l’accomplir serait un péché pour lui. De plus, il trahirait le caractère hospitalier de la communauté d’Abraham. Abraham étant l’un des premiers prophètes de l’islam connu, en autres, pour son sens de l’accueil.

Voici un petit aparté en lien avec l’émission :

 

L’émission Tous Frères commence par l’histoire d’Abraham, assis sous le chêne de Mambré, qui reçoit la visite de trois hommes. Bien qu’ils soient des êtres spirituels, ils firent honneur au festin d’Abraham.

Dans le christianisme, le livre de la Genèse au chapitre 18 (1-16), on y trouve une vallée fertile en Palestine, proche d’Hébron, Abraham, qui était originaire d’Ur en Chaldée, s’y installa avec sa tribu. Véritable lieu d’hospitalité et d’écoute, Abraham y a reçu, généreusement et de manière désintéressée, trois visiteurs sans se douter qu’il s’agissait, en fait, d’envoyés de Dieu, « rasûl » dans le Coran. D’ailleurs, dans la version coranique, ces visiteurs-là ne touchèrent aucun aliment du fait qu’ils étaient des êtres spirituels, à l’étonnement d’Abraham.

Précisément dans le Coran (Sourate 11 – verset 69) :

Nos émissaires sont venus à Abraham avec la bonne nouvelle, en disant : « Salâm ! ». Abraham répond : « Salâm ! », et ne tarda pas à apporter un veau rôti. Puis, lorsqu’il constata que leurs mains ne l’approchaient pas, il fut pris de suspicion à leur égard et ressentit de la peur vis-à-vis d’eux. Ils dirent : « N’aie pas peur, nous sommes envoyés au peuple de Lot ». Sa femme était debout et elle rit (de la nouvelle) ; Nous lui annonçâmes la naissance d’Isaac, et après Isaac, Jacob. Elle dit (avec étonnement) : « Malheur à moi ! Vais-je enfanter alors que je suis vieille et que mon mari, que voici, est un vieillard ? C’est là vraiment une chose étrange ! » Ils dirent : « T’étonnes-tu de l’ordre d’Allah ? Que la miséricorde d’Allah et ses bénédictions soient sur vous, gens de la maison ! Il est vraiment digne de louange et de glorification ! »

 

En résumé :

Se montrer accueillant avec son invité (de toute condition soit-il) est un signe qui prouve que le fidèle croit en Allah et au Jour Dernier. D’ailleurs, les musulmans, au temps du prophète, se distinguaient par l’hospitalité. Mais toutefois, s’ils le faisaient dans leur propre intérêt, le Coran leur rappelle : « qu’abreuver les pèlerins n’est pas à comparer à celui qui croit en Dieu et au Jour dernier. »

Accueillir porte, à la fois, sur la nourriture que l’on sert à son visiteur « Les meilleurs parmi vous sont ceux qui donnent à manger aux autres », aurait dit le prophète.

Garder un visage souriant, tenir des paroles agréables, le nourrir et le loger, telles sont les règles de l’hôte. Il doit le nourrir aussi bien que possible sans que cela ne représente un poids pour lui, ni pour sa personne. La base des trois jours passés, son hospitalité sera considérée comme une aumône qui est une des huit catégories bénéficiaires de la Zakat (un des 5 piliers de l’islam) dont tout bon musulman doit s’acquitter. Concernant l’hospitalité, il a le choix de garder son invité ou pas, mais il en vient plutôt au visiteur de ne pas abuser de l’hospitalité de l’hôte et de se retirer au moment propice.

Il est rapporté que le prophète a dit : « quiconque déteste un visiteur déteste Dieu. »

Durant le bref séjour du visiteur, il est permis à ce dernier pour qu’il ne manque de rien, de se servir dans les denrées de son hôte, s’il estime qu’il n’est pas aussi bien traité qu’il devrait être (soulignaient, les jurisconsultes musulmans médiévaux). En islam, l’invité comme le visiteur est roi, toute l’attention du monde lui est due ; il faut aussi l’accueillir dans la plus belle pièce de la maison qui soit, le mettre à l’aise et lui montrer que l’on tient à lui.
Accueillir n’est pas un acte de charité, c’est un devoir religieux, une preuve fraternelle, comme le constatait Charles de Foucauld (1858-1916) qui a été reçu par ses frères musulmans d’un accueil, à l’image de Dieu.

Laurent Adicéam-Dixit